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Discours
de Monsieur Jacques CHIRAC, Président de la République,
sur la politique en faveur des personnes handicapées
PALAIS
DE L'ELYSEE, MARDI 8 FEVRIER 2005
Monsieur
le Premier ministre,
Madame
et Messieurs les Ministres,
Monsieur
le Président du Conseil national consultatif des personnes
handicapées,
Mesdames,
Messieurs,
Le
Parlement vient d’adopter la loi pour l’égalité des
droits et des chances, pour la participation et pour
la citoyenneté des personnes handicapées.
Je
remercie d'abord toutes celles et tous ceux qui, aux
côtés des pouvoirs publics, se sont mobilisés pour permettre
ce progrès. Je salue tout particulièrement les membres
du Conseil national consultatif des personnes handicapées
et leur président, M. Jean-Marie SCHLERET, qui ont apporté
à ce débat toute la force de leurs propositions innovantes,
constructives et responsables. Le mode d'élaboration
de la loi a fourni une illustration de ce que doit être
une véritable participation des personnes handicapées.
Participation à la vie démocratique. Et cela va se poursuivre
dans les semaines à venir avec la préparation des décrets
d’application, décrets qui feront bien entendu l'objet
d'une concertation approfondie avec les associations.
Je
veux également rendre hommage à la richesse et à la
qualité des travaux parlementaires J’en félicite les
ministres, Philippe DOUSTE-BLAZY et Marie-Anne MONTCHAMP,
ainsi que les rapporteurs et les présidents de commission
des deux assemblées, MM. CHOSSY, BLANC, DUBERNARD, ABOUT.
De ce rendez-vous avec elle-même qu'a incarné le débat
parlementaire, la société française est sortie grandie.
En
vous recevant aujourd'hui, en réunissant les principaux
acteurs de la politique pour les personnes handicapées,
les associations bien sûr mais aussi les responsables
publics, notamment les recteurs, et les partenaires
sociaux, les chefs d’entreprise, les représentants des
secteurs du logement, des transports, de la culture
ou des loisirs, j’ai voulu en appeler à la mobilisation
de tous et renouveler solennellement l’engagement des
pouvoirs publics pour les personnes handicapées. C’est
de cette mobilisation, dont vous le savez, j’ai fait
l’une des priorités de mon mandat, que je veux vous
parler aujourd’hui.
Les
droits et la citoyenneté des personnes handicapées abordent
une étape décisive, après plusieurs décennies d’un combat
certes long et difficile, mais qui a apporté, petit
à petit, de profonds changements.
Dans
les esprits, d’abord. Même si les difficultés sont encore
si fréquentes, même si des situations de détresse sont
nombreuses et persistent, le regard que la société porte
sur le handicap s'est petit à petit profondément transformé.
Le temps est révolu où on le tenait enfermé dans le
secret des familles, rejeté au fond des hospices et
des institutions de charité. Le mur d’indifférence,
et si souvent le mur d’égoïsme qui l'entourait, commence
à tomber. Une longue expérience dans ce domaine, depuis
plus de trente ans, m'a montré cette évolution, qui
est, à mon avis, irréversible.
Progressivement
en effet, la société a pris conscience que le handicap
concerne en fait chacun d’entre nous. Qu'il soit présent
dès la naissance, qu'il survienne à la suite d’une maladie,
d'un accident, accident de l'existence ou accident du
travail, le handicap fait partie de la vie.
L'un
des mérites de la loi qui vient d’être votée est d’avoir
enfin défini le handicap. De l'avoir défini dans toutes
ses composantes : handicap physique, sensoriel, mental,
cognitif, psychique. Mais surtout de l’avoir défini,
non pas comme une déficience qui sépare et en quelque
sorte qui exclut, mais comme des obstacles rencontrés
dans la vie quotidienne et dans la participation à la
vie sociale. Des obstacles douloureux pour celles et
ceux qui les vivent et pour leur entourage mais des
obstacles qui peuvent, en tout ou partie, être surmontés
pour peu que l’on s’en donne les moyens.
Notre
droit, notre système de solidarité, la société tout
entière se sont ainsi ouverts à la question du handicap.
En
1975, le législateur a affirmé solennellement les droits
des personnes handicapées. Il leur a garanti un minimum
de ressources. Puis, des exigences ont été posées pour
que les villes, les services publics, les commerces
commencent à s'adapter. La loi de 1987 a permis de progresser
sur le chemin de l’égalité par le travail, en faisant
obligation à l’Etat et aux entreprises d’employer des
personnes handicapées.
Ces
textes ont contribué à faire évoluer la société. Mais,
à l’évidence, les besoins et les attentes demeurent
immenses, appelant, de la part de tous, un surcroît
naturel de solidarité.
Le
Gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN s’y est attaché
dès son arrivée : depuis deux ans et demi, pour ne prendre
que deux exemples, 60 places nouvelles sont créées chaque
semaine dans les CAT et 100 places nouvelles sont créées
chaque semaine dans les établissements et services médico-sociaux,
pour les enfants et pour les adultes.
Mais
au-delà de l’urgence, ce qui est en jeu aujourd’hui,
c’est de faire du handicap, qui est une réalité de la
vie, une réalité pleinement reconnue par la société.
C’est de répondre à cette exigence fondamentale d’égalité
des chances qui est l’honneur, mais aussi, l’ambition
de notre République.
Voilà
l’objectif de la loi, le principe qui guide et doit
guider l'action des pouvoirs publics. C'est pour cela
qu'il fallait reconnaître le droit à compensation du
handicap. C'est pour cela qu'il faut donner tout son
sens à la citoyenneté des personnes handicapées, en
leur donnant pleinement accès à toutes les dimensions
de la vie sociale.
Soyons
fiers des progrès accomplis en une génération. Soyons
conscients et déterminés face au chemin rude qu’il nous
reste encore à parcourir. La loi n'est pas un point
d'aboutissement, c’est une étape importante. Mobilisons
nous pour accélérer ces évolutions qui sont porteuses
de richesses pour toute la société.
Pour
donner tout son sens à l'égalité des chances, il fallait
d'abord instaurer un véritable droit à compensation
du handicap, et pour cela il fallait revoir en profondeur
notre protection sociale afin qu'elle réponde à ce risque
de la vie qu'est le handicap.
Ce
risque ne ressemble à aucun autre. Les personnes handicapées
doivent pouvoir y faire face sans être contraintes de
puiser dans leurs ressources, qui sont d'ailleurs souvent
faibles. Et au delà de la question du niveau d’allocation,
chacun sent bien qu'il fallait changer d’approche, en
passant d'une logique de prestations anonymes et uniformes
à une logique d'accompagnement de la personne. C’est
une nouvelle philosophie qui est à l'oeuvre, et qui
place la personne handicapée au cœur du dispositif qui
la soutient.
Pour
couvrir le risque du handicap, il faut, d'abord, l'évaluer
et identifier les besoins qui en découlent. Il faut
formuler et construire un projet de vie, à domicile
ou en établissement. Il faut mettre en place toutes
les réponses adaptées, pour en finir avec d'inacceptables
solutions retenues par défaut, parce qu'il n'y a pas
de place dans un établissement ou que l'accompagnement
à domicile est insuffisant. Il faut prendre en considération
les besoins et les dépenses de toute nature qu'entraîne
le handicap dans l'environnement qui est celui de la
personne handicapée: les aides humaines et techniques,
les frais d'aménagement du logement ou du véhicule,
les aides animalières, par exemple ou d'autres encore.
C’est
l’objet du droit à compensation. Cette nouvelle prestation
sera mise en place avant la fin du premier semestre
de cette année pour les personnes les plus lourdement
handicapées et au 1er janvier 2006 pour toutes les autres.
Deux
mesures essentielles compléteront cette prise en compte
des besoins de chacun : les personnes handicapées qui
travaillent pourront accéder à une retraite anticipée
à taux plein ; et celles que le handicap empêche de
travailler disposeront de ressources revalorisées à
hauteur de 80% du SMIC. Désormais, la différence sera
clairement établie entre d'un côté, des ressources pour
vivre et, de l'autre, la compensation financière des
dépenses entraînées par le handicap.
Avec
la création du droit à compensation, la politique pour
les personnes handicapées quitte définitivement le champ
de l'assistance pour entrer pleinement dans celui de
la sécurité sociale. Il crée des droits et des sécurités
nouvelles pour plusieurs millions de personnes déjà
confrontées au handicap et à la perte d’autonomie ou
qui devront y faire face dans l'avenir.
Une
nouvelle branche de la protection sociale va ainsi voir
le jour. Elle sera gérée par la Caisse nationale de
solidarité pour l'autonomie, dont le Gouvernement a
demandé à M. Denis PIVETEAU de préparer l'installation
dans les trois mois.
Cette
Caisse se consacrera aux besoins de chaque personne
handicapée et fera toute sa place à la participation
de ses représentants. Tant dans sa gestion, qui impliquera
étroitement les partenaires sociaux, les départements
et bien entendu les associations, que dans son mode
de fonctionnement, qui conciliera respect de l’égalité
des droits et organisation au plus près du terrain.
La
prestation de compensation sera déterminée et attribuée
dans le cadre des maisons départementales des personnes
handicapées, qui seront de véritables guichets uniques
pour elles et pour leur famille. C’est une équipe pluridisciplinaire
qui évaluera les besoins et les aptitudes de la personne
pour élaborer ensemble un plan personnalisé de compensation
du handicap.
Dans
cette action d'accueil, d'information, d'orientation,
d'accès aux droits, les départements seront les chefs
de file. Ils sont les mieux placés pour rendre aux personnes
handicapées un tel service de proximité. Je leur demande
de se mobiliser pour mettre les maisons départementales
en place dans les meilleurs délais. L’Etat, par la mise
à disposition de tous les moyens qu’il consacre déjà
à l’accueil, à l’évaluation et à l’orientation des personnes
handicapées, s’engagera pleinement aux côtés des départements.
Et la nouvelle caisse leur apportera tout l’appui technique
nécessaire.
Pour
assurer le financement du droit à compensation et de
l’aide aux personnes âgées dépendantes, le Parlement
a institué une journée nationale de solidarité. Journée
de travail supplémentaire qui va permettre de consacrer
deux milliards d’euros de plus chaque année au handicap
et à la dépendance.
Ce
choix s’inscrit dans les traditions de notre modèle
social, dont l’essentiel des ressources a reposé, dès
l’origine, sur le travail. C’est aussi un choix sage,
car il garantit que chaque euro sera affecté à la nouvelle
Caisse et consacré au handicap et à la dépendance.
Ainsi,
chacun d’entre nous, en quelques heures de travail,
contribuera à faire franchir à notre protection sociale
une étape majeure, une étape sans équivalent depuis
la Libération.
Pour
que le droit à compensation trouve toute sa mesure,
pour que l'égalité des chances devienne une réalité,
il faut faire en sorte que les personnes handicapées
aient accès et puissent participer à toutes les dimensions
de la vie sociale. Qu'elles puissent trouver toute leur
place à l'école, qu'elles puissent occuper un emploi.
Mais aussi que le cadre de vie soit, partout, adapté
à leurs besoins.
Dans
chacun de ces domaines, la nouvelle loi et les mesures
prises par le Gouvernement consacrent d'importants progrès.
Elles fixent désormais partout des obligations de résultat.
Cela
commence à l'école. C'est là que tout se construit,
la personnalité, le sentiment d'appartenance, le regard
sur l’autre, la reconnaissance et l’acceptation des
différences. C'est aussi là que s'acquiert le socle
de connaissances indispensable à une pleine participation
à la vie sociale. L'intégration scolaire est donc une
priorité essentielle. L'an dernier, grâce à l’engagement
de tous les personnels de l'Education nationale, à qui
je veux rendre hommage à ce sujet, et aux mesures prises
par le Gouvernement, 89.000 enfants ont été intégrés
en milieu scolaire ordinaire. Ils n'étaient que 48.000
il y a deux ans. C'est un premier progrès.
La
loi va permettre de nouveaux progrès. Dès la rentrée
prochaine, chaque enfant, chaque adolescent présentant
un handicap pourra être inscrit dans l'établissement
le plus proche de son domicile, qui constituera son
établissement de référence.
L’emploi
est également une dimension essentielle de l’épanouissement
personnel. Pour faciliter le recrutement de personnes
handicapées dans les entreprises comme dans la fonction
publique, la loi de 1987 a posé de premières règles.
Mais il faut maintenant franchir une nouvelle étape.
Avec
la nouvelle loi, les sanctions auxquelles s'exposent
les employeurs qui ne satisfont pas aux obligations
légales seront sensiblement renforcées. Surtout, la
loi vient consacrer une nouvelle approche, plus incitative,
en permettant de récompenser les efforts de recrutement.
Les nouvelles règles d'aménagement du poste de travail
faciliteront en outre l'accueil des personnes handicapées
dans la communauté de travail. Et un fonds pour l'accessibilité,
sur le modèle de l'AGEFIPH, sera mis en place dans la
fonction publique. Je souhaite que les contrats d'avenir,
qui seront proposés aux demandeurs d'emploi allocataires
de minima sociaux, soient pleinement accessibles aux
personnes handicapées.
Les
droits des personnes handicapées au travail vont également
être renforcés. Pour leur permettre de progresser dans
l'emploi, du CAT à l’entreprise adaptée puis à l’entreprise
ordinaire, il est prévu qu’elles pourront retrouver
leur environnement antérieur dans le cas où il y aurait
difficulté. C’est en quelque sorte un droit au retour
qui est institué. Les droits sociaux et les rémunérations
de toutes les personnes qui travaillent en CAT seront
améliorés. Toutes les personnes handicapées au travail
seront mieux protégées contre les discriminations, avec
la création de la Haute Autorité et la faculté, qui
vient d'être donnée aux associations, de se constituer
partie civile à l’appui de la plainte d'un salarié ou
d'un candidat à l'emploi.
Le
Délégué interministériel aux personnes handicapées,
M. Patrick GOHET, dont je veux saluer l’action, fera
régulièrement rapport de l'évolution de l'emploi des
personnes handicapées, notamment au sein de la fonction
publique, et cela ministère par ministère.
Je
veux aussi dire aux chefs d'entreprise qu’ils ne doivent
pas considérer l’embauche de personnes handicapées uniquement
comme une obligation légale, mais comme une véritable
opportunité à saisir, au profit de tous. Je veux leur
dire que le versement d’une contribution financière
n'épuise pas le champ de ce qu’ils peuvent faire en
faveur de l’intégration des personnes handicapées. Que
les entreprises ne doivent pas se priver de leurs talents,
de leur richesse humaine, de cette formidable volonté
et de cette énergie qui leur ont souvent permis de faire
face et d’avancer dans la vie et qui peuvent être une
richesse pour l'entreprise.
Certes,
accueillir un travailleur handicapé au sein d'un atelier
ou d’une entreprise n'est pas toujours simple. Il faut
repenser les modes de travail, l'aménagement des postes.
Mais au final, l'expérience le prouve, chacun en sort
gagnant. L'esprit d'équipe est renforcé, les conditions
de travail sont meilleures pour tous. C’est ce dont
témoignent, selon une étude récente, neuf chefs d'entreprise
sur dix ayant fait appel à un salarié handicapé et qui
ont exprimé leur satisfaction à la suite de leur choix.
Enfin,
il fallait agir pour développer l’accessibilité de l'environnement
domestique, social, urbain et se fixer en la matière
des obligations de résultat. Les obstacles qui continuent
de se dresser encore partout, il faut bien le dire,
rendent très difficile la vie de bien des personnes
handicapées. Ils exigent d'elles quotidiennement abnégation
et parfois héroïsme.
Alors,
nous devons là aussi nous mobiliser. Rattraper notre
retard, majeur, s’agissant des bâtiments publics. Toutes
les préfectures de France seront aménagées dans l'année.
Je souhaite aussi que les services publics: sécurité
sociale, agences pour l'emploi, caisses d'allocations
familiales, qui ont déjà accompli des efforts importants,
c'est vrai, les renforcent encore : accessibilité des
bâtiments, mais aussi accessibilité de l'information
et des décisions, dans tous les domaines de leur action.
Bien
sûr, tout ne pourra pas se faire en un jour. Mais des
obligations et des délais sont désormais fixés, qui
seront respectés, sous peine de sanction. Dans un souci
d'efficacité et pour répondre au mieux aux véritables
besoins des personnes handicapées, je demande aux Préfets
et aux Conseils départementaux consultatifs des personnes
handicapées d’établir ensemble, dans chaque département,
la liste indicative des besoins prioritaires en accessibilité
dans les services et dans les bâtiments publics.
Pour
la mise aux normes de l'ensemble des établissements
recevant du public et pour les transports collectifs,
un délai maximum de dix ans a été fixé.
Je
sais que pour les personnes handicapées, sans cesse
confrontées à cette situation où elles se voient interdites
d’accès, dix ans, c'est bien long ! Je souhaite que
l’essentiel du chemin soit fait bien avant, même s’il
faut être conscient de l’importance des travaux à réaliser
dans certains cas.
C’est
pourquoi tout sera fait pour faciliter la tâche des
responsables concernés. Je pense aux aides financières
et méthodologiques qui leur seront apportées. L'accessibilité
sera du reste d'autant plus facile à assurer qu'on l'aura
pleinement intégrée dans les programmes des écoles d’architecture
et dans la conception des équipements.
Un
appartement, des bâtiments, des commerces de proximité,
un espace public plus accessibles, ce n'est pas nécessairement
des équipements supplémentaires. C'est tout un ensemble
de choix d'organisation qui ne sont pas forcément plus
coûteux, mais qui impliquent qu’on se soit posé les
questions simples et qui comptent tellement dans la
vie quotidienne des personnes handicapées, -qu'on se
les soit posées avant. C'est une rampe d'escalier qui
se prolonge jusqu'au bas de la dernière marche, pour
éviter la chute des personnes aveugles ou malvoyantes.
Ce sont des accès suffisamment larges. C'est limiter
le nombre de marches à gravir, ou bien les doubler par
un plan incliné. Ce sont des pictogrammes adaptés pour
les personnes handicapées mentales. Ce sont des programmes
télévisés sous-titrés et des annonces sonores dans les
bus, et bien d'autres choses encore.
D’une
manière générale, au même titre qu’en une génération,
la société française a su porter un nouveau regard sur
le handicap, j’appelle chacun d’entre nous à intégrer
la situation des personnes handicapées à l’occasion
de chacune de ses décisions, au moment d’élaborer chacun
de ses projets. J’appelle en premier lieu les élus,
les responsables administratifs, toutes celles et tous
ceux qui ont en charge l’avenir de nos compatriotes,
la conduite de la Nation, à se poser à chaque instant,
tout simplement, la question du handicap. Je demande
au Gouvernement dans son ensemble de veiller à ce que
cette question du handicap ne soit pas introduite dans
la décision politique, comme tant de fois hélas dans
le passé, par subsidiarité, par surcroît ou par raccroc.
Le handicap doit désormais s’imposer comme un véritable
réflexe dans l’action publique.
Sachons
nous mettre à la place des personnes handicapées. Sachons
sortir de la peur et de l’ignorance par la connaissance
et la formation sur le handicap, comme nous y invite,
par exemple, l’initiative prise par Madame Julia KRISTEVA.
Sachons comprendre et entendre les besoins des personnes
handicapées. Sachons faire ces gestes et prendre ces
décisions qui leur rendront accessible la Cité. Alors,
nous aurons fait franchir une étape essentielle à notre
solidarité et à notre société tout entière.
Mesdames
et Messieurs, mes chers amis,
Faire
leur place aux personnes handicapées, c’est en effet
permettre à l'ensemble de la société de progresser,
en renforçant notre capacité à vivre ensemble.
Dans
un monde où la créativité et l’innovation seront chaque
jour davantage les clés de la réussite, ce sont les
sociétés les plus ouvertes, celles qui feront sa vraie
place au principe d’humanité qui seront, en réalité,
les plus performantes.
La
loi qui vient d'être adoptée n’est pas une loi d’assistance
pour quelques uns. C’est un texte porteur de richesses
et de progrès collectif. Il faut que les moyens nouveaux
qu’elle nous donne rencontrent la mobilisation de tous.
En
apprenant à s'accepter telle qu'elle est, avec ses différences,
avec les vulnérabilités que l’existence impose parfois,
en pariant aussi sur tous les talents que dissimulent
ou que font s’épanouir des faiblesses apparentes, notre
société deviendra plus forte et plus équilibrée.
Faire
sa place au handicap, cela n'est pas si compliqué. C'est
œuvrer pour soi-même autant que pour les autres. C'est
vrai dans la vie quotidienne, où celles et ceux qui
vivent aux côtés d'une personne handicapée ont souvent
le sentiment de recevoir autant que de donner. C'est
vrai aussi pour le dynamisme de notre société. Quantité
d'innovations qui aujourd'hui profitent à tous, ont
d'abord été conçues pour surmonter un handicap. Chacun
connaît l'origine de la télécommande, mais les exemples
sont nombreux.
L’ouverture
de la société aux personnes handicapées va aussi permettre
de créer des emplois. Douze millions d'heures d'aide
à la personne financées par la prestation de compensation,
ce sont quelque 55 000 emplois à temps plein créés de
ce fait. Et je me félicite que Madame Marie-Anne MONTCHAMP,
à qui je veux rendre hommage pour son action, élabore
en ce moment un plan pour garantir la formation, le
recrutement et la professionnalisation des aidants.
En
devenant plus accueillante aux personnes handicapées,
la société sera, en réalité, plus accueillante à tous.
Aux personnes âgées, aux parents de très jeunes enfants,
à toutes celles et à tous ceux qui ont des problèmes
passagers de mobilité à la suite d'un accident ou d'une
maladie. Pour eux aussi, faire ses courses ou prendre
les transports en commun ne doit plus être une épreuve.
Les bâtiments, les logements, les moyens de transport
seront plus fonctionnels, les salles de cinéma et de
spectacle plus confortables. Enfin, et peut-être surtout,
le refus de l'isolement, de l'indifférence et de l'exclusion
conférera à notre société, n'en doutez pas, un supplément
d'âme dont chacun profitera.
C’est
pour cela que le combat pour la citoyenneté et la participation
des personnes handicapées est un enjeu démocratique
et républicain, et donc un enjeu qui nous concerne tous.
A vous
toutes et à vous tous, à toutes celles et à tous ceux
qui nous auront rejoints dans ce combat, je donne rendez-vous
dans un an pour faire le point, ensemble, sur la mise
en œuvre de nos engagements respectifs.
Je
vous remercie.
Mise en ligne : 9 février 2005

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